« Les grands crus italiens sont Brunello, Barolo et Barbacarlo, et pas forcément dans cet ordre ».

Au même titre qu’un Angelo Gaja à Barbaresco , un Lorenzo Accomasso ou un Bartolo Mascarello à Barolo … rien de moins ! Lino Maga est une figure historique de la viticulture Italienne                                                                       

Des cuvées rares qui rivalisent de parfum, de race, et de capacité de garde avec les plus grands vins.

Dire que Lino Maga fait partie de la vieille école lombarde serait l’équivalent d’affirmer que ces vins sont bons. Deux euphémismes évidents. Lino est membre d’une lignée de vignerons dont on peut remonter les origines jusqu’en 1886. Installé dans la région de l’Oltrepò Pavese en Lombardie au Nord Est du Piémont dans la bourgade de Broni.

Décédé en janvier 2022, il laisse une méthode, une rigueur et une humanité dans l’esprit de ceux qui l’ont connu et dans ses vins. Celui qu’on surnommait « Commandatore » croyait sincèrement à un idéal identitaire, ces vins variant largement en fonction du millésime. Marchant sur les traces de son père, Giuseppe perpétue aujourd'hui la tradition familiale.

Aucun produit de synthèse n’est épandu dans le vignoble et la vinif est très peu interventionniste. Fermentation naturelle sans contrôle de température dans des tini (foudre vertical) datant de la deuxième Grande Guerre.

  • Les vins sont soutirés en phase avec le calendrier lunaire, sans ajout.
  • Parfois complètement sec, parfois doté d’un peu de sucre résiduel et d’autres fois avec un petit perlant, évacué à l’aération.
  •  Il n’en reste pas moins que les vins sont vibrants et capables de générer d’authentiques émotions.
  • Les vignes sont plantées à altitude moyenne de 300 mètres sur des sols de tuf, limon et gravier. Les 8 hectares de vignes sont âgés en moyenne de 50 ans.
  • On y fait pousser que des cépages indigènes, soit le Croatina, l’Uva Rara et l’Ughetta. Depuis 2005, on sulfite en très petite dose à la mise.

Lino et Giuseppe Maga

Entre 15 000 et 18 000 bouteilles sont produites chaque année, séparées presque également entre les deux cuvées produites : Montebuono et Barbacarlo, auxquelles il faut ajouter « Ronchetto » Vin de Table emblématique provenant du domaine « Ronco », propriété de Maga depuis 1785.

Chez Lino Maga les vignes sont entourées d’environ 10 ha de forêt, qui contribuent à un écosystème amenant de la diversité à la monoculture viticole. Ces vignes ne sont pas seulement pas traitées aux produits phytosanitaires, mais elles n’ont jamais vu de produits de synthèse.

Encore une fois, cette façon de faire ne répond pas à un effet de mode, mais c’est simplement que les choses n’ont jamais vraiment changé ici depuis le 19e siècle.

Compte tenu d’une longue bataille judiciaire, et d’un cahier de charge ne correspondant pas aux valeurs traditionnelles de Lino Maga, les vins sont étiquetés sous l’appellation plus générique Provincia di Pavia IGT, un changement avec les plus anciens millésimes qui sont embouteillés sous Oltrepo Pavese DOC.

Chacune de deux principales cuvées correspond à une parcelle de plus ou moins 4 ha.                                                                

Montebuono et Barbacarlo (un monopole) sont vinifiées de façon similaire.                                                                                  

Les grappes sont éraflées, foulées et transférées dans des tini de 30 hl.

Quelques pigeages pendant environ 8 jours. On ne garde ensuite que le jus de goutte, le jus de presse ne servant qu’à laver les cuves… la qualité est à ce prix !                                                                          

On fait ensuite vieillir pour 6 .8 mois en botti avec soutirage à chaque demi-lune décroissante, pour empêcher d’avoir à filtrer.  On attend 50 jours de plus après avoir embouteillé pour commercialiser. 

À propos de Barbacarlo, cuvée éponyme du domaine, « barba » signifie oncle en dialecte pavese. L’oncle Carlo a donc donné son nom à la parcelle et aux vins qui en sont issus.

Victime de la qualité des vins, plusieurs domaines ont utilisé ce nom pour profiter de la notoriété.                

Après s’être battu judiciairement pour de nombreuses années, Lino a obtenu en 1983 l’exclusivité de l’utilisation de Barbacarlo. 

Comme mentionné plus haut, le millésime a un impact certain sur le vin qui en résulte chez Barbacarlo. Lino dira : « pourquoi mettre un millésime sur la bouteille si tous les vins ont un goût semblable ? ».

Ce qui est certain c’est que les vins sont faits pour être vieillis et se présentent mieux lorsqu’ils ont passé plusieurs années de cave. Structurés et tanniques, mais curieusement très aromatiques.

Trois cuvées : Le Montebuono, le Barbacarlo et Ronchetto, plus condidentielle et issue d'un autre vignoble

Le Ronchetto Vino Rosso

Appellation : Oltrepó Pavese DOC
Cépages :  50 % Croatina, 25 % Uva Rara, 15 % Ughetta, 10 % Barbera
Provenance :   Stradella (Pavie), Italie                                                                                                                                    Domaine « Ronco », propriété de Maga depuis 1785.
Rendement :  55-60 quintaux/hectare
Vinification et élevage : Après les vendanges, le vin est élevé en fûts de chêne pendant 9 mois, puis affiné en bouteilles.
Les bouteilles sont placées horizontalement pendant environ 60 jours, puis conservées verticalement.
Degré d'alcool : 14,5 %

Le Montebuono est plus qu’un simple vin : c’est un symbole de la tradition et de la qualité des vins de l’Oltrepò Pavese.  

  •  Cépages : Croatina, Uva Rara, Vespolina
  • Sol :de tuf, de gravier et de sable, idéale pour renforcer le profil minéral du vin.
  • Taille du vignoble : 3 hectares
  • Plantation et densité : Guyot avec une densité de 6 000 pieds de vigne par hectare.
  • Âge du vignoble : 55 ans
  • Rendements : entre 23 et 25hl/ha

Le Montebuono est élaboré selon des méthodes de vinification naturelles et traditionnelles. Après l’égrappage et la fermentation spontanée, le vin fermente en fûts de chêne, avec une période de macération de 7 à 9 jours, puis s’affine sur les lies fines pendant 7 à 8 mois. Cette approche permet de conserver les caractéristiques authentiques des raisins et d’améliorer le profil aromatique du vin, sans ajout de sulfites déclarés.

Profil sensoriel :

Au nez, le Montebuono s’ouvre sur des notes intenses de fruits rouges, accompagnées d’un soupçon épicé de poivre noir. En bouche, on perçoit une structure juteuse et enveloppante, soutenue par des tanins bien intégrés qui confèrent au vin une persistance gustative longue et saisissante ! Sa rusticité naturelle dans sa jeunesse et son fort caractère en font un vin parfait pour ceux qui aiment les rouges authentiques à forte personnalité, et qui qont capables d’attendre quelques années de garde pour en percevoir toute la complexité, la race et la grande élégance.

Patrimoine et tradition de l’Oltrepò Pavese :

Le Montebuono de Lino Maga est bien plus qu’un vin artisanal : il représente la passion et l’héritage d’une famille qui cultive la terre avec dévouement depuis des générations, en respectant les rythmes de la nature et l’histoire du territoire. Chaque bouteille témoigne du lien profond avec le terroir de l’Oltrepò Pavese et de la philosophie de production de Lino Maga, qui se traduit par le souci du détail et la recherche de la qualité.

Le Barbacarlo :

Barbacarlo est un vin rouge légendaire de l'Oltrepò Pavese qui est devenu un symbole de tradition et d'authenticité. Il est vinifié dans de très vieux fûts et mis en bouteille alors que la fermentation n'est pas encore achevée. C'est un vin rustique et spontané, muable d'année en année, capable d'évoluer en bouteille pendant des décennies.                                                                                                      

Barbacarlo est une parcelle légendaire de l'Oltrepò ; 4 hectares de Tuf sur les hauteurs de Broni. 300 mètres d’altitude et des pentes allant jusqu'à 70%. Des vignes que Lino a toujours respectées comme un don ancestral, refusant l'utilisation de tout produit de synthèse, comme c'est également le cas dans sa cave.                                                                                                               

A une époque où, en Italie, il n'était pas encore question de parler de cru, Lino aurait souhaité que « Barbacarlo » obtienne le statut de vignoble historique au sein de l’appellation DOC Oltrepò Pavese 

Cette cuvée mythique provient de vignes de plus de quatre-vingts ans, et Lino a plus de quatre-vingts vendanges derrière lui ! Croatina, raisin rare et vespolina sont les acteurs principaux de Barbacarlo et, en général, de toute la zone de l'Oltrepò.

Des raisins rouges rustiques mais territoriaux, que Lino interprète avec un style têtu et résistant, absolument contre toute homologation, dans le respect total des conditions de chaque année. Avec la cuvée  Barbacarlo, chaque millésime, voire chaque bouteille, représente une histoire nouvelle et surprenante.

Les millésimes extraordinaires, et les médiocres, que Lino ne met même pas en bouteille, et les autres, comme en 2014, lorsqu’ il produit un vin dont l'étiquette précise « qu’il ne faut pas en attendre grand-chose » (Le 2014 dégusté  en 2022 lors d’une soirée Entre Deux Verres fit le bonheur de tous les dégustateurs même si elle n’avait pas la capacité de garde des 1986, 1990, 1995 ou plus récemment 2019)

Pas de clarification, pas de filtration, seulement une fermentation naturelle et des levures indigènes. Barbacarlo est un cru un peu plus petit, un vin incroyable notamment pour sa longévité, jusqu'à 30 ans et même au-delà.

Également Incroyablement généreux en dégustation, Lino propose habituellement de spectaculaires dégustations verticales de ses grands crus, qui remontent sans crainte jusqu'aux années 1980.

Dans la cave, la fermentation a lieu dans des cuves en chêne et en châtaignier, conservées et transmises comme un sanctuaire, et le vin est souvent mis en bouteille entre avril et mai, encore "vivant", lorsque la fermentation n'est que "dormante".

La famille Maga, père et fils, a accepté de partager l'histoire de son domaine viticole avec le grand prêtre Massimo Zanichelli et ses fidèles lors d'une dégustation verticale exceptionnelle (certains millésimes étant les derniers disponibles). Les voir assis côte à côte, tandis que les élus se préparent à ce sacrifice, est presque émouvant.

Vers 14 heures, Massimo commence la liturgie en versant les vins dans les verres :

2018 : Un chef-d’œuvre ! Un fruit charnu et dense. Il se conservera 30 ou 40 ans, mais ce ne sera certainement pas un problème pour les heureux propriétaires de ces bouteilles, car ils n’auront pas à attendre aussi longtemps pour les déguster. « Après avoir goûté ce vin, l’évêque de Tortona, en visite dans notre domaine, a déclaré que Barbacarlo était un vin mystique, plus que naturel, surnaturel » (Lino Maga).

2017 : Une carbonica audacieuse, fascinante et unique ! À l'image de l'écume du Pô, qui serpente dans la région, tel un pas d'ivrogne.   « Nous avons dû boucher les bouteilles avec des bouchons de 28 unités, car les 30 unités habituelles étaient indisponibles. Beaucoup de bouchons ont sauté » (Lino Maga).

2016 : Une extraction onctueuse et fruitée. Un vin de caractère, qui se dévoile lentement, semblant presque dissimuler son âme, mais révélant peu à peu sa personnalité. Frais, enveloppant, complice, avec une rondeur mature, profonde et vive.

2015 : Pureté du fruit, de la nature sauvage, de tout ce qui fait Barbacarlo ! Herbes, racines, saumure.
Le palais, baigné d’une remarquable persistance aromatique, s’étire à l’infini (Et dans cette immensité se noient mes pensées…). « Barbacarlo est pensé parce qu’il est sincère. Chaque année a sa propre histoire » (Lino Maga).

2014 : Une année froide et pluvieuse. Lino Maga la qualifie de « pauvre », mais le poivre, le laurier (comme un diplômé), le maquis méditerranéen et la nature sauvage émergent miraculeusement…
Complexe et harmonieux. Il est complet, sans excès, mais linéaire dans sa grande structure.

2013 :« Il assèche la bouche » (Lino Maga). Il est en effet sec, vif et somptueux. Racine de gentiane, framboise, rhubarbe. Un vin complexe, offrant une palette de sensations sensorielles unique, conçue pour stimuler tous les sens, avec élégance et surprise, où le charme est la caractéristique la plus marquante.  « Le consommateur est le thermomètre, le jugement est porté par des personnes dont on dit souvent qu'elles n'y connaissent rien. Or, elles s'y connaissent, et comment ! À tel point que ce millésime a été brûlé. Il n'y a plus de bouteilles. » (Lino Maga).

2011 :  Un millésime chaud, riche en alcool (14,5 %). « S'il y a de l'alcool, c'est que le soleil a brillé » (Lino Maga). À la fois souple et salé, légèrement pétillant, il offre une finale longue et onctueuse. Il porte en lui l'essence même de la terre, des pierres qui l'ont vu naître. Un vin minéral, minéral, avec une pointe d'ardoise et un caractère affirmé.

2010 : « Un magnifique millésime. Il en résulte un vin amer et sec » (Lino Maga). Notes minérales et pierreuses. Évoquant davantage une averse qu'une pluie dans une pinède. Arômes de fruits rouges très parfumés et d'une belle acidité. Cardamome et finale saline sur une note de cerise noire « salée » !

2009 : Notes de tanins superbement croquants et secs. Une acidité presque digne d'un vin blanc. C'est un vin somptueux, riche et élégant ! Les arômes de fruits secs, de fleurs, d'acacia, de nèfle, de cèdre et de cardamome s'entremêlent pour d'abord atteindre le palais, vous ravissant longuement. Savoureux, avec une finale légèrement amère. Le vin fait vivre, et celui-ci fait vivre une vie prodigieuse !

2007 : Une tension nasale sensationnelle.  Acidité aromatique, structure acidulée. Ce vin titre à 15,5 % vol., mais paraît en avoir 12. En bouche, c'est un régal. Fruits rouges (coing) avec une finale minérale et savoureuse. Avec 2,76 grammes de sucre par litre, n'importe quel autre vin aurait péri.

2006 : Vin doux et sucré. Arômes de gentiane, de plantes médicinales et d'une riche palette d'épices. Piquant, charnu, généreux et doté de tanins soyeux. « Au départ, il ressemblait à un vin ordinaire, puis il a évolué.  Nous hésitions à le mettre en bouteille. Finalement, nous avons apposé les étiquettes du millésime 2003, en les corrigeant à la main » (Giuseppe Maga).

2004 : Un bon millésime chaud : « Les barriques chantent et absorbent les sucres » (Giuseppe Maga). Un vin sec et corsé. Puissant, sans être exubérant. Acidité : explosive ! Nuances de cynorrhodon. Excellent avec des couennes de porc. « Le porc s'est toujours bien accordé au vin : Giacomo Bologna coupait du lard avec du romarin et buvait son Uccellone avec » (Lino Maga).

2003 : Sucres : 2,10 % et 16,4 % de sucres totaux.
Extraordinaire, stupéfiant, époustouflant, prodigieux, immense, fantastique, fascinant, et j'en passe. C'est un millésime important car il marque un geste d'anarchie : la sortie de Barbacarlo de l'AOC.
« En 2003, il n'a pas plu une seconde. C'est comme quelqu'un qui ne se lave jamais… mais le vin est le fruit de la terre et du labeur des vignerons ! Le Barbacarlo 2003 est le résultat d'une année caniculaire et, comme toujours, il est né dans le plus grand respect du caractère naturel de chaque étape de la production, de la vigne à la cave. Il devait rester tel que la nature me l'avait donné, sans manipulation ni artifice. Et c'est ce qui s'est passé. Pourtant, j'ai vu ce vin refusé par le Consortium, comme celui de 1998, car il dépassait 12 grammes de sucre par litre… encore des absurdités ! La commission de dégustation de l'Appellation d'Origine Protégée Oltrepo Pavese s'est contentée de constater que le taux de sucre résiduel était trop élevé, sans tenir compte du reste. J'ai donc quitté l'AOC. Un vin de qualité ne se résume pas à un cahier des charges. » (Lino Maga) « Même dans le fût, on sentait son caractère, sa robustesse, sa force, sa vigueur. Comme le millésime était explosif, j’ai acheté des bouteilles plus solides pour éviter qu’elles n’explosent. 2003 fut aussi l’année où l’étiquette mentionnant le protocole génétique que le consommateur devait connaître a commencé à apparaître sur les bouteilles » (Giuseppe Maga).

2000 : Acide carbonique luxueux. Un acide carbonique perturbateur qui se décompose au contact de l'air. Notes soufrées, d'hydrocarbures et de légère réduction. Ce vin Oltrepo Pavese vieillit bien en bouteille. Olives, dattes, figues, raisins secs, avec une finale aussi savoureuse que les embruns sur un rocher à Punta Chiappa.

1998 : Légère oxydoréduction. Doux. Piment, artichaut, sel, raisins mûrs. « 1998 fut un millésime exceptionnel, mais la Commission d'Appellation l'a refusé car il dépassait 12 grammes de sucre par litre et ne respectait pas le cahier des charges, un cahier des charges minimal destiné à les accueillir tous. J'ai appelé le Séminaire Permanent Veronelli et, au bout du fil, j'ai eu Gian Luigi Brozzoni, qui avait succédé à Francesco Arrigoni à la tête du Séminaire. Je lui ai expliqué qu'ils avaient refusé mon 1998 parce qu'il était trop sucré, et il m'a répondu sans ménagement : « Vous êtes têtu. On dirait que vous cherchez les ennuis. Vous faites du vin comme il y a 40 ans. » J'ai rétorqué : « Non ! Non ! Si c'est le cas, je fais du vin comme il y a 2 000 ans ! » (Lino Maga).

1996 :  Bergamote, agrumes. L'étiquette, attachée au goulot, indique la valeur du SO2 (28,7). En 1996, personne ne savait ce qu'était le SO2. C'est un peu comme le spred, mais Lino Maga l'indiquait déjà.
Le pH est incroyable : 3,24. Sucres réducteurs : 1,31. Un vin très tannique. Si on le dégustait à l'aveugle, on ne devinerait jamais qu'il s'agit d'un 1996 (un 2010 tout au plus). Vertical ! Très long en bouche. Des notes sauvages de cèpes, de truffes ou de houx épineux, qui évoluent continuellement dans le verre.

1995 :  Dès qu'il atteint le nez, il vous fait monter l'adrénaline, et cela pourrait suffire, mais il faut ajouter qu'il n'a rien à envier à un grand Nebbiolo. Raisin et jus de raisin sont ses maîtres mots : « Enfin, quelqu'un qui dit qu'il a le goût du raisin » (Lino Maga).

1991 :  Bonbon gélifié. Goût de noix. Très sucré et faible en alcool. « J'étais à l'Auditorium de Milan avec Veronelli pour une soirée caritative. Maria Teresa Ruta était notre invitée et, après avoir goûté le millésime 1991, elle n'arrêtait pas de répéter : "Je veux du Barbacarlo 1991" » (Lino Maga).

1990 :  Légèrement avancé dans son évolution, ce vin n'a rien perdu de sa fougue. Le nez, toujours dominé par des notes minérales mêlées à des arômes de fleurs sauvages et de fruits mûrs, se fait d'une grande finesse. En bouche, les notes variétales et sauvages, typiques d'un vignoble âpre, exigeant, direct et unique, s'affirment pleinement.

1989 :  Superbe, chocolaté, d'une belle ampleur. Sa finale est d'une fraîcheur inattendue. Arômes sauvages de forêts, de prairies, de bois et de sous-bois. Baies méditerranéennes, romarin et tanins riches.

1986 :  « 1986 Nous avons eu une année moyenne » (Lino Maga), et cela se ressent. Le vin en souffre un peu, les arômes variétaux sont absents. Il est dépourvu de dioxyde de carbone et de tanins, mais il n’en reste pas moins aussi exigeant et âpre qu’un Barbacarlo.

1985 :  À la fois exigeante et facile, entre maturité et adolescence, déconcertante et rassurante. Une série de paradoxes qui désorientent. Son caractère changeant confirme un noyau encore en pleine évolution.

1983 : Une douceur infinie. Un parfum d'une grande finesse, aux notes minérales qui imprègnent et caressent longuement le nez. Une tenue exceptionnelle. Ainsi imprégné, le palais envoie des messages clairs au reste du corps, y compris à l'esprit, qui parfois n'a pas besoin de l'acte biologique pour se fondre dans un flot de plaisir.
C'est le summum de l'opulence, avec une complexité qui culmine en une sorte de voyage sensoriel au cœur d'une ruche, avec ses effluves de miel et de cire d'abeille. 

1982 :  Poétique, douce et noble dans ses notes oxydatives. Elle se débarrasse de son artifice technique et embrasse l'émotion, révélant son âme sensible juste sous sa croûte rugueuse et ridée. Son cœur est empli de violons, et tous ensemble, ils chantent dans « Blu dipinto di blu » (Bleu peint en bleu) que voler n'a jamais été aussi facile !

1975 : Abba dirait « Mamma mia ! » Un vin intrigant et sans compromis. Un grand Sangiovese, incarnation même du terroir de l'Oltrepó Pavese. On est au bout du monde. La longueur, la fraîcheur… infinies ! Sous-bois, menthe, laurier, résines. Balsamique, parfumé, évoquant la gentiane, et une fraîcheur toujours aussi intense. Un chef-d'œuvre de Provence, dans le sud de la France.

1973 : « Ce fut une année très difficile. Au moment des vendanges, la pluie n'a cessé de tomber, pendant dix jours d'affilée, et les raisins ont souffert de ces fortes averses. Ils ont éclaté. Pourtant, cette année s'est révélée avec le temps. J'ai dû soutirer le vin à plusieurs reprises, car je le vinifie par décantation. Je l'avais complètement oublié. Quinze ou vingt ans plus tard, je l'ai goûté et il n'était pas mauvais : les Japonais me l'ont entièrement pris » (Lino Maga).
Poivre mexicain, poivron grillé. Fumé au barbecue ! C'est émouvant de voir un vin d'une année faible s'épanouir et s'exprimer avec autant d'exubérance.

1970 : Lino Maga le qualifie de « moyen ». Pourtant, c'est une légende, profondément ancrée dans le terroir. Un vin harmonieux : frais, parfumé, savoureux, salé (il laisse un arôme salé même sur les lèvres les plus douces). Avec une nonchalance déconcertante, il démontre que « les grands crus italiens sont Brunello, Barolo et Barbacarlo, et pas forcément dans cet ordre ». Le thym, omniprésent, se déploie avec subtilité. Pénétrant, complexe, nuancé, il révèle des notes qui s'atténuent progressivement avant de gagner en intensité, affirmant ainsi son caractère. « 1970 a été un tournant. J'ai utilisé l'AOC. J'ai dû créer une étiquette conforme à la loi qui exigeait que le nom Barbacarlo soit écrit en plus petits caractères que Oltrepo Pavese » (Lino Maga).

 1969 : Encore pétillant, ce vin présente des tanins sensationnels, soyeux et homogènes qui picotent légèrement les gencives. On y perçoit le parfum des jeunes pousses, la terre fertile où plongent leurs racines, presque comme l'air pur qu'elles respirent sur cette crête accessible uniquement à pied.

1961 : L'étiquette indique Vino Barbacarlo Antico Classico. C'est un miracle de la nature, mais aussi du savoir-faire et de la maîtrise humaine. Des racines, un fruit mûr qui s'attarde dans des tanins enveloppants. Et une robe chinato ! Presque un Barbacarlo chinato ! Les Barolos de 1961 sont à bout de souffle : ce Barbacarlo est la quintessence, un principe incorruptible, une énergie cosmologique, le cinquième élément après la terre, l'air, l'eau et le feu. Substance, puissance, parfum, tension gustative, une physicalité encore exubérante après près de 60 ans. « Les choses authentiques vieillissent, les choses composées non ! » (Lino Maga).

1958 - Il mousse dans le verre. La gorge frémit, impatiente de goûter en premier cette passion liquide. Pureté, luminosité, immaculée, fraîcheur, légèreté, avec une finale poivrée et saline. « Si on le respecte, le vignoble raconte son histoire et exprime le terroir. Le sel de la terre proclame l’Évangile » (Lino Maga). 

« Avant, je contemplais les vieilles vignes qui subsistent, celles que j'ai toujours cultivées avec mes ancêtres, et je me réjouissais de les avoir vues grandir et s'épanouir sur nos terres, dans les collines de Broni. Aujourd'hui, je vois tant de vignobles abandonnés et j'en suis attristé.
Quand je suis dans les vignes, je me sens comblé.
Véronelli disait : « La vigne est le chant de la terre au ciel. »
Même pauvre, la terre nous nourrit. Revenons à la terre et savourons ses fruits.
J'espère un retour à la terre, car tout vient d'elle.
La vie est un parcours d'obstacles qui nous oblige à résister, et si l'on ne s'arrête pas avant, on atteint la ligne d'arrivée.
Malheureusement, la vie s'exprime par la fuite.
Seule la terre demeurera, et ceux qui la chériront.
La terre est notre mère à tous et mérite notre respect si nous voulons que les oiseaux, les grenouilles, les crapauds, les lézards, les hirondelles reviennent… » (Lino Maga).

Malgré les épreuves que la vie lui a réservées, Lino est resté pur, et nous l'avons écouté en silence jusqu'à la fin, touchés par ses paroles tourmentées, par son amour pour son travail, par son respect pour la terre, par son courage, sa sagesse, sa pureté et son charme, aussi envoûtant que ses vins. Nous avons levé nos verres dans un toast intime (mystique, disait-il) à son humanité, aux passions qu'il venait de vivre, à la vie et au vin, qui, parfois, sont histoire et mémoire, science et conscience. Et il unit les gens.

Réservez votre soirée dégustation sur www.entre2verres.fr