« Eduquer les jeunes au vin : clé d’une consommation responsable et modérée ? » Syndicat viticole des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

C’est devenu une habitude, le Syndicat viticole des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur réunit la presse chaque année autour d’un grand sujet d’actualité qui touche l’avenir de ses appellations. Pour la deuxième fois, les jeunes consommateurs de demain et le vin étaient au cœur des débats.

Une première réflexion sur le sujet il y a deux ans avait permis de découvrir que, si la nouvelle génération consommait moins et de plus en plus tardivement, elle conservait « une bonne image du vin », « bon pour la santé », entouré d’un univers symbolique très riche, associé à la gastronomie, à la convivialité, au plaisir d’un bon repas. Entre-temps, différentes études ont confirmé cette tendance. Consommer du vin ne serait-donc pas ringard !! La présence de très nombreux jeunes dans le Grand Salon de la Sorbonne en fut le témoignage.

 « A NOUS DE SAVOIR LEUR FAIRE DECOUVRIR LE VIN ET DE RELEVER LE DEFI ! » 

BERNARD FARGES, Président des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur :

 « Notre premier débat sur le sujet nous avait fait découvrir que la nouvelle génération, familière du fast food et du coca, ne demandait qu’à être conquise. A nous de savoir leur faire découvrir le vin et de relever le défi ! Car, nous sommes convaincus que, plutôt que la "diabolisation" et l’interdiction, seule une bonne éducation au vin, à l’instar d’une bonne communication, peut permettre une consommation responsable et modérée.

 Mais, si ces constats nous enchantent et nous encouragent, ils ne doivent pas nous faire oublier que l’image du vin dans notre société est bien moins idyllique ! Qu’en est-il ?

-        Le vin, assimilé à l’ensemble des boissons alcoolisées, est constamment la cible des campagnes anti-alcooliques.

-        La famille n’est plus le lieu d’initiation comme il l’était traditionnellement pour les générations précédentes. Qui, parmi les jeunes, a connu « le nuage de vin » dans son verre, le dimanche ou les jours de fête comme il était de tradition autrefois ?

-         La consommation du vin en France a chuté de – 50 % depuis 1961 et la volonté affichée des pouvoirs publics est de la réduire encore ; dans le même temps la consommation d’alcool a progressé de + 13% !! et nous déplorons de plus en plus de jeunes « tués » sur nos routes.

-        Alors que le vin fait partie intégrante de notre patrimoine, de notre culture, il est absent de tous les manuels scolaires.

Pourtant, des initiatives comme « la Gironde Verte » mise en place par le CIVB sous la forme de cahiers pédagogiques sur le thème de la vigne et du vin à destination des élèves et des maîtres de CP, CE, et CM s’avèrent un succès. Plus de 550 classes ont commandé le kit, ce qui représente 14 000 enfants !

 Les vignerons qui, de plus en plus nombreux, accueillent également des écoles, soit pendant les vendanges, soit sur des parcours découverte, connaissent bien leur intérêt.  

 Autant de raisons qui nous confortent à poursuivre ce débat aujourd’hui, à l’issu duquel, je l’espère, nous aurons ouvert des pistes nouvelles et que nous serons nombreux à les emprunter.»

-        Comment apprendre le vin à une population de jeunes que nous sommes censés protéger des méfaits de l’alcool ?

-        Comment apprendre la subtilité et la diversité des saveurs à une génération élevée dans la standardisation des goûts ?

-        Comment enfin  faire passer la notion de terroir à des jeunes pour lesquels la mondialisation est l’univers quotidien ?

 Avec la participation du professeur Jean-Robert Pitte, président de l’Université Paris-Sorbonne, et sous la houlette de Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue du Vin de France, le syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur a poursuivi cette réflexion à la Sorbonne, lieu hautement symbolique où la volonté d’éduquer prit tout son sens, en compagnie de plusieurs personnalités :

 MALGRE LE SUCCES DES SODAS ET AUTRES BOISSONS SUCREES, POURQUOI RESTEZ- VOUS CONVAINCU QU’IL EST POSSIBLE DE TRANSMETTRE LE GOUT DU VIN AUX JEUNES ? EST-CE POSSIBLE DES LE SECONDAIRE ? COMMENT  PARLER DU VIN EN CLASSE ?

 PROFESSEUR JEAN-ROBERT PITTE géographe, président de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) :

Passionné de vin et de gastronomie, il est l’auteur de « Gastronomie française, histoire et géographie d’une passion » (1991), « Bordeaux, Bourgogne, des passions rivales » (Hachette Littérature – 2005) et « Le Vin et le divin » (Fayard – 2004).

Nous organisons depuis une quinzaine d’années à La Sorbonne des séances de dégustation commentées. Nous avons ainsi rejoint le « club » des associations de  dégustation qui existent depuis longtemps dans les grandes écoles comme HEC, l’ESSEC, Sciences Po, Polytechnique… dont il y a ici de nombreux représentants. Notre club (Urbam’s) étant parti de la section de géographie, nous avons toujours donné une coloration très géographique à nos séances. C’est en effet l’un des moyens de donner le goût du bon vin.

Pour moi, il n’est pas question de pousser à la consommation des jeunes qui n’en auraient pas envie, il faut les y inviter, créer la curiosité, le désir,  comme pour toute chose. Je pense qu’il n’y a pas plus de danger à leur expliquer le vin qu’à les initier  à la consommation du gras, du sel, du sucre, qui sont des produits -quotidiens de surcroît - aussi dangereux que le vin lorsque nous les consommons en grande quantité.

Je pense que la condition humaine est faite de risque. Si nous évacuons le risque, nous perdons tout ce qui fait la saveur de la condition humaine, et tout son charme. Nous sommes sur la crête d’une montagne et nous risquons à tout moment, de tous côtés, de tomber dans un précipice. Quoique nous fassions, dans le domaine de la sexualité, de la vie politique, de la vie individuelle, de la création artistique, nous vivons dangereusement. Et si l’on refuse le danger, si l’on sécurise, par l’interdit en particulier, on perd le goût de vivre. Car précisément, c’est cette vie avec le risque constant et ce qui va  de pair, le sens des responsabilités, qui fait tout l’intérêt de la condition humaine.

 Ce qui est extraordinairement stimulant dans notre culture, c’est qu’elle nous invite à prendre le vin comme un produit non pas dangereux mais à risque.

 Selon vous, peut-on parler de ce produit à risque dès le lycée ?

 Non seulement nous pouvons mais nous devons en parler dès le lycée. Pour une raison simple, c’est que c’est en seconde et en première en  France que les élèves commencent à boire en abondance certains soirs dans les soirées, dans les bars, dans les boites de nuit…

Que boivent ils ? Des boissons passe-partout, en abondance, donnant beaucoup d’alcool sans émotion, des bières industrielles et toutes ces boissons sucrées que les alcooliers ont mis sur le marché à base de tequila, de rhum, de vodka… C’est donc à ce moment-là qu’il convient de les initier à la fois au danger de la consommation excessive d’alcool et à l’intérêt d’une consommation de vin en quantité modérée parce que c’est un produit culturel.

De façon mi-sérieuse, mi-décontractée, il s’agit de montrer que le vin est un produit culturel. En géographie, le professeur peut axer un cours sur le vin comme reflet du milieu, et terminer en dégustant 5 cl de bon vin. Il peut éventuellement organiser une journée sur le terrain, une rencontre avec les vignerons. Cela permet de montrer également qu’il y a des métiers derrière un vin, à la vigne et à la cave, un savoir-faire, un talent, ce qui peut au passage donner des idées à un certain nombre de jeunes. Un professeur peut également utiliser le métier de la vigne comme une initiation à la gestion d’entreprise. Et de la même façon, il y a beaucoup à dire, par le biais du vin, en histoire, en philosophie, en littérature, en biologie…  J’en ai parlé il y a quelques jours à Xavier Darcos. Il m’a répondu : " je ne peux pas faire ça, je vais avoir des ennuis… " Je pense qu’il faut essayer, car cela peut être quelque chose d’extraordinaire.

Le vin offre aussi un excellent moyen d’initier les jeunes gens à la complexité. Ils sont bien exigeants pour les produits qui appartiennent à leur culture, la musique, les dernières technologies, les vêtements… Je suis persuadé que nous pouvons faire comprendre à une classe de première ou de terminale la différence entre un vin technologique, passe-partout, sans nuances, sans émotion, et un vin de terroir, plein de finesse et de caractère. Cela peut faire un petit déclic. Le grand intérêt du vin, c’est qu’il est à la fois un produit de culture, un produit qui fait rêver, et une initiation à la complexité. Or, nous avons tous besoin d’entrer dans la complexité, parce que le monde est complexe. Sans perdre de vue la modération.

 De la salle : Ne rejetons pas le un vin industriel qui peut constituer pour un large public une première marche vers le monde du vin !

Ne vaut-il pas mieux entrer dans le monde du vin par de bons produits ? J’aime bien cette phrase : « Les pauvres aussi ont droit à la qualité ». Ce n’est pas parce qu’une personne est pauvre en argent, ou peu initiée en un domaine, qu’il ne faut pas se donner la peine de lui proposer de la qualité. En ce qui concerne le vin, il est possible aujourd’hui de trouver de petits crus de terroir entre 5 et 10 euros qui procurent beaucoup de plaisir et d’émotion. A mon avis, il n y a pas d’avenir à long terme pour ces vins industriels de première initiation. Ne disons pas c’est trop beau pour eux, ils ne sont pas capables de comprendre. Au contraire, essayons de tirer les jeunes vers le haut plutôt que d’abaisser les produits vers le bas. C’est un peu ce que je raconte en ce moment dans mon livre « Stop à l’arnaque du vin » : on donne le bac à tout le monde en abaissant le niveau du diplôme. Non ! Essayons de tirer vers le haut, vers le meilleur. Et ce n’est pas forcément cher. Je ne crois pas que ce soit élitiste d’initier les gens à la qualité.

Marie Christine Tarby – Présidente de Vin et Société :

Nous sommes en train de négocier en particulier avec le ministère de la santé et de l’Education nationale, pour mettre au point des programmes d’éducation au vin dans les écoles. Vous avez rencontré Xavier Darcos, pouvez-vous nous donner des conseils sur la façon de procéder pour que nous réussissions ?

Il faudrait arriver à toucher aussi le président de la République, même s’il ne boit pas beaucoup de vin. Je pense que c’est tout à fait possible. Après tout, Mendès France a bien fait boire du lait aux jeunes, Sarkozy peut bien faire boire du vin dans les écoles françaises d’aujourd’hui. Le vin peut se greffer sur toutes les disciplines, l’histoire, la géographie, l’instruction civique, la philosophie, la littérature, la chimie, la biologie… Il faut apprendre aux jeunes l’art de bien consommer, en se faisant plaisir et intelligemment.

 QU’EN EST-IL DE LA TRANSMISSION DE LA CULTURE DU VIN DANS LES GRANDES ECOLES EN FRANCE ET EN ANGLETERRE ?

 DOCTEUR LOUIS PIZARRO Médecin - Egalement engagé dans des activités humanitaires ( directeur général de Solthis - Solidarités thérapeutiques et initiatives contre le sida). Amateur de vin, il a présidé le club de dégustation des étudiants de Sciences Po Paris (In Vino Veritas) et il signe régulièrement des chroniques sur le vin dans la RVF :

 L’initiation au vin est entrée dans les Grandes Ecoles Françaises il y a environ une vingtaine d’années. A HEC, Normale Sup’, Sciences Po, des clubs se sont organisés. Il s’agissait tout d’abord de groupes plutôt restreints d’amateurs (pas plus de 20) qui se rencontraient pour des dégustations en dehors de l’école, car c’était alors interdit de boire du vin à l’intérieur de l’établissement. L’objectif était de retrouver un univers que certains avaient côtoyé dans le contexte familial ou géographique et que d’autres souhaitaient découvrir. Petit à petit, ces clubs ont évolué. Les écoles ont accueilli des élèves venant de l’étranger, désireux de connaître nos vins français. Ainsi, le club de Sciences Po compte aujourd’hui parmi ses membres 40 à 50 % d’étrangers.

Progressivement les grands producteurs se sont mis à solliciter ces clubs auréolés d’un certain prestige. Le grand tournant  a été l’apparition des concours entre clubs. La Commanderie du Bontemps du Médoc a créé le concours 20 sur 20. De nombreuses autres initiatives ont suivi. On a ainsi vu l’intérêt des étudiants monter, mais aussi leur connaissance se développer.

 La tradition du vin dans les universités anglaises est beaucoup plus ancienne. Un concours entre Oxford et Cambridge initié par un marchand de vin  existe depuis 1953, suivi par beaucoup d’autres depuis. De sorte qu’une certaine professionnalisation s’est instaurée. Les anciens de chacune de ces universités viennent tout au long de l’année voir les élèves, leurs poulains en quelque sorte, pour pousser leur connaissance de la dégustation.

 Ce qui m’a amené à aller regarder ce qui se passait Outre Manche est un blind test organisé par une maison de champagne entre Oxford, Cambridge et des clubs français, où les Anglais se sont révélés nettement meilleurs que nous. Plusieurs raisons expliquent une telle capacité de dégustation :

 Historiquement, il est vrai que Londres est la capitale internationale du vin depuis toujours. Les marchands anglais du vin ont toujours dominé le marché international. Par ailleurs, il y a en Angleterre une vie à l’université qui n’existe pas en France. Traditionnellement, les professeurs alimentent leur cave et les étudiants en profitent lors des repas partagés avec leurs professeurs. Un autre critère à prendre en compte : n’étant pas producteurs de vin, les Anglais ont cherché à l’étudier. Le Master of Wine, école très prestigieuse abordant le vin de façon pluridisciplinaire et très rigoureuse, est exemplaire en ce sens.

 Actuellement, avec la mondialisation, on assiste en Angleterre au même phénomène que l’on voit partout d’homogénéisation des goûts et d’ouverture vers les vins du nouveau monde. Apparaît ainsi une certaine « démocratisation » de la question du vin chez les jeunes.

 Quelles initiatives peut-on prendre pour mieux transmettre la culture du vin en France ? Que faut-il enseigner ?

 Nous ne partons pas de rien. De nombreuses études sur la consommation  du vin chez les jeunes ont été réalisées. Il est important maintenant que la filière vin se rapproche de l’académique. On sait aujourd’hui que les jeunes différencient très bien le vin des autres alcools. A leurs yeux, le vin, produit culturel, convivial, se transmet au sein de la famille, alors que les autres alcools sont des transgressions qui se produisent parfois contre la famille.

 Alors, comment l’enseigner ? Parmi les initiatives publiques, je citerai plusieurs pistes :

 Plutôt que de faire un enseignement à part sur le vin, il faudrait l’introduire dans certains cours, enseigner en histoire l’historique du vin, apprendre ses modes d’élaboration dans un cours de chimie ou de biologie.

 La deuxième piste serait d’enseigner les plaisirs de la table dans leur ensemble. Il faut enseigner le plaisir et ne pas le diaboliser. Il faut aussi apprendre à goûter.

 Au niveau universitaire, certains ont introduit le vin. Il faudrait le généraliser.

 Dans les formations des professionnels du vin, leur apprend-on à l’enseigner ?

 Concernant les initiatives privés, comment concilier des objectifs de rentabilité et  ne pas pousser à la consommation ? Comment chercher à « former » les jeunes et non à les « clientéliser » ?

 L’intérêt est de vendre un produit de qualité à forte valeur ajoutée plutôt que de vendre une boisson alcoolisée. D’où l’importance de « cultiver » le consommateur.

 Il ne faut pas tomber dans le piège « médical ». Le vin n’est surtout pas un médicament. Il est simplement un jus de raisin fermenté  pour donner du plaisir. On ne vendra pas un vin qui ne procure pas de plaisir simplement parce qu’il contient des anthocyanes… De la même façon que nous ne voulons pas d’une dictature de la santé publique qui nous interdise la consommation d’alcool, nous ne voulons pas qu’on nous oblige à boire du vin parce que certains scientifiques lui auraient trouvé des quelconques vertus médicales !

 En conclusion, Le vin est un élément important de notre histoire commune, de notre société. C’est pour cela qu’il mérite d’être étudié, d’être compris, d’être respecté. Quand l’esprit est préparé, le plaisir  propre à la consommation du vin dépasse, de loin, le plaisir de l’ivresse. Si la filière viti-vinicole ne fait pas un effort dans ce sens, elle continuera à aider indirectement les lobbyings qui cherchent à détruire le vin. Il ne faut pas confondre l’enseignement du vin qui vise à donner à ce produit culturel la place qu’il mérite dans notre société, avec la promotion de la consommation de vin qui vise à résoudre des problèmes de la filière viti-vinicole. 

LES GOUVERNEMENTS SUCCESSIFS, DROITE GAUCHE CONFONDUES, NE CONSIDERENT PAS FINALEMENT QUE LE VIN EST UN ATOUT POUR LA FRANCE. ON A DE LA PEINE A PARLER DU VIN AUX JEUNES DANS NOTRE PAYS. QUE PEUT-ON FAIRE ?

JEAN-PAUL GARRAUD Député de la Gironde. Vice Président du groupe viticole de l’Assemblée nationale – Engagé depuis longtemps contre la « diabolisation du vin », il souhaite remporter pour l’ensemble des vins la bataille de l’image gagnée par la Champagne :

Depuis quelques années, le vin subit un procès très injuste en « diabolisation » dont s’insurgent de nombreux députés et sénateurs. Alors que nos ministères disposent de très belles bouteilles pour les grandes occasions. Il faut arriver à mettre en avant toute la dimensions culturelle du vin à travers un certains nombre de mesures

Pour cela, il importe de ne pas faire que de la répression mais également de la prévention qui passe par l’éducation. Nous avons obtenu l’assouplissement  de la loi Evin, la création du Conseil de la Modération, ce qui n’a pas été chose facile. Les réticences sont progressivement en train d’être vaincues, je ressens une certaine évolution dans les mentalités.

 Demandée par les députés, une mission d’information a rendu son rapport en décembre 2006. Elle aura des suites. Elle repose sur six commandements : éduquer, former, communiquer, simplifier, fédérer, structurer.

Il faut repartir à la conquête de notre propre pays, et pour cela éviter ces campagnes de dénigrement où l’on fait un amalgame entre le vin, les alcools, le tabac, voire la drogue. Alors que de tout temps le vigneron français avait la fierté de son métier considéré comme noble, il a aujourd’hui l’impression d’être un paria qui fait un produit toxique. Par rapport à cela, le politique doit tenir un discours très clair.

Concernant l’éducation des jeunes, il faut gagner la bataille de l’image. D’un côté, nous avons le champagne qui ne connaît aucun procès en diabolisation et pourtant c’est un vin. De l’autre côté, tous les autres vins sont en ligne de mire. Il faudrait arriver à faire passer cette image dont jouit le champagne pour tous nos vins.

Dans les films américains, nous voyons de plus en plus d’acteurs, dans des scènes de convivialité et avec une certaine distinction, boire du vin. Dans nos films français, nous voyons des boissons gazeuses responsables de bien des maux, dont l’obésité. Il faut savoir que 10 % des jeunes de notre pays sont considérés comme obèses. Je lance un appel à nos cinéastes. Retrouvons des scènes gourmandes à la Audiard, ou tirées de romans de Simenon, où l’on voit nos produits  consommés dans un cadre familial, amical, convivial.

CONSOMME MODEREMENT MAIS REGULIEREMENT , LE VIN EST BON POUR LA SANTE ! DE TRES NOMBREUSES ETUDES SCIENTIFIQUES SONT LA POUR LE DEMONTRER. MAIS COMMENT POUVONS COMMUNIQUER OBJECTIVEMENT CES RESULTATS ? 

Il existe un niveau sécuritaire de consommation du vin. Alors qu’il a suffi que le professeur Serge Renaud expose, à la télévision américaine, les effets protecteurs des polyphénols contenus dans le vin contre les maladies cardiovasculaires, pour que les Américains s’emparent de l’effet « french paradox » avec les conséquences que nous connaissons sur les ventes de nos vins (!), en France nos chercheurs sont confrontés au manque de moyens.

 DOCTEUR DOMINIQUE LANZMANN- PETITHORY Praticien hospitalier à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, enseignant-chercheur à l’Université de Bordeaux 2. Elle a pris le relais du professeur Serge Renaud dans l’étude du « french paradox », phénomène découvert il y a presque vingt ans et toujours d’actualité :

 Qu’est-ce que le french paradox ? Des épidémiologistes français ont observé, en 1991, que la population française, malgré un niveau élevé de facteurs de risques (tabac, cholestérol, hypertension, consommation de graisses saturées) présentait une faible mortalité cardiovasculaire, plus basse que des pays comme l’Angleterre ou les Etats Unis (3 fois et demi plus basse que les Américains). Sachant que la population française était aussi -est toujours- la première consommatrice de vin au monde, le professeur Serge Renaud a émis l’hypothèse que cette consommation pouvait participer à la protection cardiovasculaire des Français. Il l’a expliqué en 1991 devant 50 millions d’Américains. Interrogé par un journaliste sur son éducation, il a répondu : «  A six ans j’ai arrêté de boire du lait et on a commencé à me donner, comme à la plupart des enfants de ma région (il est du Sud Ouest) un petit peu de vin avec beaucoup d’eau. » A l’époque, cela a été une telle révolution que le gouvernement américain a demandé au ministère des finances français que ce scientifique justifie ses propos. C’est ainsi que le professeur Renaud a écrit son article fondateur dans le Lancet, en 1992, qui définit le french paradox.

 Ce phénomène est toujours d’actualité. Selon les dernières données de l’OMS, les Français ont toujours la mortalité la plus basse du monde de l’Ouest. Ils sont 2e derrière les Japonais. Et ils sont toujours les premiers buveurs de vin (48 l par an et par habitant, devant les Italiens, 47, 5 l) mais 11e pour la consommation d’alcool.

 Il y a donc bien une spécificité française sur laquelle il faut continuer à s’interroger. Pour cela, le professeur Renaud avait lancé à l’époque une étude à Nancy, région neutre, non viticole, non méditerranéenne, non anglo-saxonne (100 000 personnes sont suivies depuis 25 ans) pour étudier les relations entre la consommation des différentes boissons alcoolisées (vin, bière…) et les causes de décès, en se focalisant sur le risque de cancer.

 On trouve une protection chez les buveurs modérés de vin (2 à 3 verres par jour) qui présentent une mortalité de toutes causes diminuée de 20 % par rapport à des non buveurs. Chez les buveurs de bière, on note aussi une protection, moins nette, mais plus la consommation augmente moins il y a de protection. Pour les buveurs mixtes de bière (- de 30 %), le risque augmente de 25 % dès 22 g d’alcool par jour, alors qu’à la même dose, le vin protège (le risque diminue de 20 %).

 Nous avons également des données concernant les buveurs de sodas : au-delà d’un demi-litre par jour, la consommation de sodas entraîne une augmentation du risque de mortalité de 15 % chez l’homme et de 25 % chez la femme. Manifestement boire une quantité modérée de vin protège, alors que boire du soda présente un risque pour la santé.

 Il est important de souligner également que ces effets bénéfiques potentiels de certaines boissons alcoolisées dépendent de la façon de les consommer.

 Dans certaines conditions, la boisson alcoolisée quelle qu’elle soit n’a plus du tout d’effet protecteur. Par exemple si vous buvez 14 verres par semaine, ce n’est pas la même chose si vous les buvez au rythme de 1 verre à chaque repas ou de 14 en une soirée. C’est le fameux phénomène du binge drinking (l’alcool défonce) qui se répand chez les étudiants. Une pratique qui fait énormément de mal avec un fort accroissement des risques d’obésité (+ 77 %), de maladies dégénératives cérébrales, de maladies cardiovasculaires également.

 Pour conclure, on ne s’instaure pas comme ça à 45 ans buveur modéré de vin. Il est évident que cela s’apprend très jeune. C’est une question d’éducation, de culture. Je pense que, en effet, il y a une spécificité française de l’ordre de la culture, de la tradition, qu’il serait important de transmettre aux futures générations, aux enfants, aux adolescents d’aujourd’hui.

 COMMENT POUVONS NOUS METTRE EN PLACE DES PROGRAMMES EFFICACES PERMETTANT D’APPRECIER LE VIN DANS SON INTEGRALITE, DANS LA MODERATION ET LA CONVIVIALITE ?

 COMMENT INSCRIRE L’EDUCATION AU VIN, DE LA CULTURE DE LA VIGNE JUSQU’A L’ART DE CONSOMMER, DANS LES PROGRAMMES SCOLAIRES ? COMMENT INFORMER OBJECTIVEMENT LES ENFANTS DES DANGERS DE L’ALCOOL DANS L’ABUS ?

 D’autre pays ont parfaitement réussi dans ce sens, comme l’Italie avec la campagne de sensibilisation « Vino e Giovanni » lancée en 2003, et bien entendu nos amis québécois à travers le programme Educ-alcool que le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur souhaite vivement, avec son autorisation, pouvoir transposer en France.

HUBERT SACY Directeur Général d’Educ’alcool au Québec. Educ’alcool, organisme indépendant et sans but lucratif[1], met sur pied depuis bientôt 20 ans des programmes de prévention et d’éducation, en particulier à destination des jeunes (dès le plus jeunes âge, 10-12 ans), visant à promouvoir la culture du goût, de la dégustation, au détriment de la culture de l’ivresse. Leur slogan : « La modération a bien meilleur goût ».

 Educ’alcool prône la modération pour promouvoir la culture du goût au détriment de celle de l’ivresse. Notre philosophie : la relation des gens à l’alcool est une affaire de culture pas d’ADN. Cela se bâtit. C’est une culture qui se développe. Cette relation peut être saine ou malsaine. Notre objectif est d’amener le plus grand nombre de gens, à commencer par les plus jeunes –nous commençons à l’âge de 7 ans dans les écoles !-, à passer de la culture de l’ivresse à celle de la dégustation, du « je bois pour me soûler » au « je bois parce que j’apprécie ce que je déguste.» La différence fondamentale réside dans le modèle de consommation. Ce n’est pas combien je bois mais comment je bois qui est le plus déterminant. On peut consommer 15 verres par semaine et avoir une relation parfaitement saine à l’alcool parce qu’on a bu 2 verres par jour, et boire tous les verres d’un coup un vendredi soir et se faire beaucoup de mal.

 Notre objectif est de conduire les gens à mieux boire. Le « mieux boire », c’est boire pour la bonne raison (pas pour noyer ses problèmes), boire dans le bon contexte (pas comme activité principale), boire des produits de meilleure qualité (alors que lorsque l’on est dans la culture de l’ivresse, on achète en plus grande quantité), parfois ne pas boire du tout, également, respecter ceux qui choisissent de ne pas boire.

 Nous avons développé le concept de la modération résumé dans notre slogan : la modération a bien meilleur goût. Comme nous sommes à la Sorbonne, nous allons faire une analyse de texte. La « modération », c’est à dire « consommer de manière équilibrée » et « a meilleur goût », cela signifie « a meilleur goût en bouche mais aussi sur le plan social ». Nous effectuons ainsi une dévalorisation sociale des gens qui s’intoxiquent. Objectif : tenter d’éviter la phase d’intoxication. Si elle doit avoir lieu, faire en sorte qu’elle dure le moins longtemps possible. Et pendant qu’elle a lieu, que les jeunes aient l’air idiots le plus possible.

 Nous avons instauré divers programmes pour les jeunes, adaptés à chaque tranche d’âge.

 Implanter la culture du goût requiert des stratégies à long terme. Nous nous adressons aux jeunes bien avant qu’ils n’atteignent l’âge légal pour acheter de l’alcool. Les croyances, les attitudes et les comportements se développent dès le plus jeune âge. A l’âge de 6 ans, les enfants ont déjà l’expérience de l’alcool. Et 66% des enfants ont expérimenté la consommation à 14 ans.

 Chaque année, nous tenons à la disposition des bibliothèques scolaires des manuels (Marie Soleil et l’histoire de l’alcool » et Pitatou, in the land of the wine harvest ») adaptés aux enfants de 6, 7 et 8 ans.

Pour les enfants de 11 à 13 ans, nous avons créé un programme en sept volets qui s’appelle « A toi de jouer », avec des exercices et une promotion auprès des enseignants (« les élèves vont boire vos paroles »), pour amorcer un dialogue sur l’alcool, développer une attitude responsable.

 Nous avons monté également un concours de vidéos, un concours d’affiches publicitaire ouvert aux étudiants du secondaire,  un concours d’improvisation qui suit les règles de hockey pour amener des jeunes à parler à d’autres jeunes plutôt que se faire faire la leçon par les adultes (19 000 étudiants et spectateurs ont participé cette année à la quatrième édition, 80 000 jeunes ont été sensibilisés au message par les affiches et les outils promotionnels). Toutes ces créations contiennent une bonne dose d’humour.

 Nous avons également créé un guide pour aider les parents à parler du sujet avec les enfants, dont on a fait la promotion à l’aide d’un spot publicitaire. En effet, 90 % des Québécois estiment que c’est le rôle des parents de parler d’alcool à leurs enfants. L’école n’a fait que 4 %. Nous n’avions aucun outil pour les aider

 Nos résultats : les étudiants québécois sont les premiers au Canada pour la consommation (92, 2 % d’étudiants) et les derniers pour l’abus. Ils sont les premiers consommateurs de vin et les derniers consommateurs de spiritueux.

 Ainsi, toutes les recherches disponibles tendent à prouver l’efficacité de la prévention primaire et de l’éducation à l’alcool, et donc également au vin.

Louis PIZARRO :

Il est intéressant de souligner que les différentes études faites en France montrent que les jeunes ont un rapport complètement différent avec le vin et avec les autres alcools. Il y a d’un côté la question de l’alcoolisme, primordiale, et la question de l’initiation des jeunes au vin. Il est important de faire la nuance : le vin n’est pas en France le premier alcool avec lequel on cherche à se saouler.

Hubert SACY

 Il est vrai que parce que le vin culturellement accompagne le repas, il est moins perçu comme une boisson de soirée et donc moins lié à l’abus.

 DE LA SALLE

 Je pense qu’il est normal que les jeunes délaissent le vin, boisson familiale, pour des boissons plus transgressives. Mais après la phase de transmutation, la boisson familiale  peut être reformatée comme une boisson sociale.

 Du côté des arguments, à mon avis, les jeunes se moquent complètement de la santé, ce n’est pas audible à leur âge. Ils sont en revanche beaucoup plus sensibles à la notion de responsabilité :

Ainsi par exemple, il me semble beaucoup plus efficace de leur montrer le vin comme produit de culture : pendant un an on les invite à suivre un vigneron, les différentes phases de son travail. Boire ensuite la somme intellectuelle qu’il y a dans le vin sera ainsi plus efficace.

 Aux politiques, je voudrais dire que le vin n’est pas un produit de consommation, mais un produit de communion. Et lorsqu’on est jeune, on a soif de relations sociales, et le vin à ce niveau là peut leur apporter quelque chose.

 DE LA SALLE (Aurélie Labruyère – Blog Oenophilia)

Indissociable de la notion de responsabilisation, le vin est un apprentissage de l’age adulte. Il contient également la notion d’intellectualisation, il s’agit de faire entrer le consommateur dans un monde de complexité, comme le soulignait Jean-Robert Pitte. Cela passe par le fait de mettre son esprit dans la consommation. Ce qui veut dire, comprendre, connaître, et fait du vin un produit culturel. Les jeunes sont très demandeurs de cela. Pour l’apprendre, il faut donc à la fois de la théorie – la lecture de livres, la connaissance de l’histoire, de l’élaboration technique du vin… - et de la pratique, et donc des cours de dégustation.

 Hubert SACY

Pour amener les jeunes aux vins, je pense qu’il y a un élément fondamental. Le commerce des boissons alcoolisées n’obéit pas aux simples lois du marché. Il y a derrière une certaine bataille idéologique dans laquelle il est important de prendre l’offensive. France, fille de l’Eglise, comment peux-tu « démoniser » le vin alors que le premier miracle de Jésus a été de changer l’eau en vin ? Vous ne dites pas des choses élémentaires et qui rejoignent l’esprit populaire. L’Etat  ne parle pas d’une même voix lorsqu’il s’agit de d’alcool, ce n’est pas franco-français, c’est ainsi partout dans le monde. Il y a des batailles idéologiques à gagner sur le terrain. Vous êtes sur la défensive, alors qu’il faut être offensif !

 DE LA SALLE (Président de l’association « Les 4 vérités sur le vin »)

 Lors d’une étude, commandée par la Suède au niveau européen visant à répertorier les rapports des jeunes avec le vin, à la question « avez-vous connu au moins un épisode d’ivresse dans l’année qui vient de passer ? », la réponse a été « oui » à 2, 8 % en France, en Italie, au Portugal, en Grèce (l’Espagne n’a pas participé à l’étude), et « oui » à 23 % en Irlande, en Angleterre et dans les Pays scandinaves. Il y aurait ainsi une relation entre le monde dans lequel on vit et où le vin fait partie de notre culture et la relation avec l’alcool. On peut dire que le vin éduque à bien se comporter vis-à-vis de l’alcool.

Une autre étude, réalisée en 1997 par Claude Gault vient corroborer ce constat. Elle mettait à jour moins de comportements alcooliques dans les régions viticoles que dans les régions non-viticoles. Finalement le fait de transmettre aux jeunes une éducation au vin, cela semble avoir du bon. On constate des effets positifs.

DE LA SALLE (Marie-Christine TARBY, présidente, de Vin et Société)

Nous avons eu  en France des tentatives comme Educ’Alcool mais qui n’ont pas abouti, à défaut d’organisation de la filière et de volonté de centraliser l’ensemble de ces sujets. Nous sommes aujourd’hui dans une nouvelle étape.  Vin et Société a pour projet de travailler sur le sujet au niveau national. Si nous sommes loin du budget dont dispose Educ’Alcool, nous avons l’avantage d’avoir beaucoup d’initiatives en régions. Nous avons néanmoins besoin d’une stratégie nationale et des budgets pour l’enclencher.

COMMENT PARLER DE VIN AUX ENFANTS ? A PARTIR DE QUEL AGE ? PEUT-ON FAIRE LEUR GOUTER DU VIN ?

 Docteur Dominique LANZMANN :

Personnellement, j’ai un fils de 14 ans et je lui fais goûter du vin déjà depuis un an ou deux, mais je ne peux pas m’avancer pour l’éducation nationale…

 Hubert SACY :

Lorsque nous avons élaboré le manuel parents-enfants, voici ce que les scientifiques nous ont dit : les enfants qui ont été initiés à la consommation de vin par leurs parents dans un cadre contrôlé, strict et rigoureux ont moins de problèmes reliés à l’alcool par la suite que ceux qui se sont initiés en cachette…

Plus on commence à boire jeune, plus on a des problèmes liés à la consommation d’alcool par la suite.

Ces deux données peuvent paraître contradictoires. L’idéal serait que les parents initient leur enfant vers l’âge de 16-17 ans, en les avertissant : voici les données scientifiques, vous gérez votre relation avec vos enfants. Mais il ne faut pas utiliser la science comme les ivrognes utilisent les réverbères , ils s’appuient dessus au lieu de s’en éclairer.

 Louis PIZARRO

 Je pense qu’il faut différencier l’effet comportemental et l’effet physique. C’est justement parce que l’enfant aura connu le vin dans le milieu familial qu’il l’utilisera moins pour des comportements extrêmes.

 DE LA SALLE (Patrice BERSAC, Président de France Vigne)

Nous organisons depuis quelques années des activités d’initiation auprès de jeunes enfants. Nous sommes en effet convaincus qu’il faut commencer par le terrain, amener des enfants à planter leurs vignes, les aider à tenir leur journal des travaux effectués, les amener dans le chai, puis les conduire à déguster un petit peu, du jus de raisin, du moût, puis du vin. Ce qui reste délicat. Nous avons des surprises intéressantes, notamment lorsque nous abordons la question de l’alcool.  Récemment, j’étais avec des classes de CE2 et CM2 dans la Loire Atlantique pour des séances pédagogique chez le vigneron. Les élèves ont fait la vendange à la main, ils ont visité le chai, les laboratoires, ils ont goûté du jus de raisin, ils ont vu au-dessus d’une cuve bouillonner le vin -ce qui est un vrai spectacle pour les enfants !-  et je les ai invités à goûter un verre de ce moût qui doit titrer 2° d’alcool à peine. Les enfants ont trempé un doigt, d’autres ont trempé cinq doigts ( !). C’était une bonne occasion de leur rappeler qu’il faut savoir se modérer, ne pas se laisser emporter. Les enfants ont soif de connaître. Ils se rendent compte que les adultes entretiennent à l’égard du vin et de l’alcool un certain nombre de tabous, et ils apprécient qu’on leur parle un langage vrai. Les enfants sont heureux de savoir ce que le vin contient, de faire le lien entre la terre, la vigne qu’ils ont vu, le soleil, le vigneron et le vin. Ce travail est effectué un peu partout en France, dans l’Hérault, dans le Bordelais, dans la Loire, dans la région parisienne, et nous essayons de mutualiser toutes ces expériences

 DE LA SALLE (Jean-Paul Goulby, directeur du Syndicat des vins d’Alsace)

 Développé en Alsace mais aussi en Champagne, le programme baptisé « L’univers du goût », agréé par l’Education Nationale, consiste à former au goût les professeurs des écoles de façon à ce qu’ils le répercutent dans leurs classes. Ces séances se déroulent le mercredi, pendant le temps libre des professeurs. Nous formons une trentaine de professeurs chaque année. Nous mettons à leur  disposition des mallettes pédagogiques où sont abordés le goût en général, les cinq sens mais également les travaux de la vigne et la production du vin. Nous sommes actuellement en période de vendanges, et il est important que les vigneron reçoivent les enfants pour leur montrer le processus de la récolte, de pressurage des raisins, de la production du vin. Toutes ces démarches vont dans le sens d’une offensive pour défendre le vin. Je pense que c’est dans cette voie qu’il faut aller si nous voulons demain de bons consommateurs, éclairés, responsables, modérés.

 DE LA SALLE (Michel BETTANE, journaliste spécialiste du vin. Il anime depuis longtemps des séances de dégustation dans les clubs de l’ESCP, Polytechnique, Les Mines, et bien d'autres...)

  Ce combat d’éducation autour du vin repose à mes yeux sur deux aspects fondamentaux :

 D’une part, le vin lui-même qui est un produit culturel très complexe à la base de nos civilisations méditerranéennes, je dirais même qui est à la base de toute civilisation - vous savez que la vigne et l’olivier sont les mamelles de toute civilisation- et qui, lorsqu’il est diabolisé, contribue à l’enfoncement dans la barbarie et non dans la civilisation.

D’autre part, l’éducation à la responsabilité, qui est une notion philosophique et éthique en danger aujourd’hui, puisque nos sociétés développent l’infantilisme par la répression plutôt que la responsabilité par l’apprentissage.

 Il faut se battre sur les deux fronts, pour étendre à la fois cette notion de responsabilité à l’ensemble de vos initiatives éducatives et défendre un produit noble qui fait partie de notre richesse culturelle mais aussi de notre avenir économique. Il faut défendre notre patrimoine culturel.

[1] Organisme formé par la Société des alcools du Québec, la Régie des alcools, des courses et des jeux, les associations de l’industrie des boissons alcooliques, des personnes issues de la société civile, des milieux universitaires et de santé publique.