(Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne)
Un patrimoine unique et une typicité inimitable
Alors que la réputation des vins de Champagne est aujourd’hui mondialement établie, le terroir dont ils sont issus est mal connu. Pourtant l’existence du vignoble champenois remonte au début de notre ère et une appellation d’origine contrôlée en a défini les limites dès 1927.
Sa position géographique septentrionale, ses conditions climatiques rudes, les particularités de son sous-sol et son implantation en coteaux en font un terroir totalement original, qui donne aux vins de Champagne leur inimitable typicité.
Au fil des siècles, les Champenois l’ont apprivoisé et aujourd’hui encore, d’importants programmes de recherche visent à mieux les comprendre afin d’en exprimer toute la spécificité et de valoriser au mieux sa diversité.
Un double climat
Le terroir champenois appartient à un groupe de terroirs froids, groupe dit “septentrional-océanique” (par opposition au groupe des terroirs chauds dit “méridional”).
Le terroir champenois se distingue des autres terroirs par sa situation géographique sur une latitude septentrionale et par sa double influence climatique, océanique et continentale.
Septentrional donc froid, le climat champenois est sévère pour la vigne.
Océanique, il lui apporte de l’eau en quantité régulière avec des contrastes thermiques peu marqués d’une saison à l’autre.
Continental, il est responsable de gelées parfois destructrices en hiver mais aussi d’un ensoleillement favorable l’été
Comme tous les végétaux, la vigne exige des conditions climatiques appropriées. Dans l’Hémisphère Nord, il est difficile d’obtenir un raisin de qualité au nord du 50eme parallèle et au sud du 30eme.
La première particularité du terroir champenois est d’être à la limite septentrionale de la culture de la vigne, Reims est à 49°5 de latitude nord, Épernay 49° , représentée par l’isotherme 10°C (température moyenne annuelle)
Sa deuxième originalité est d’être sous l’influence d’un double climat, en majorité océanique mais à tendance continentale.
C’est une combinaison complexe et au sein du groupe de terroirs auxquels il appartient, le terroir champenois se distingue par une température plutôt élevée et des écarts thermiques annuels faibles.
À l’influence océanique, la vigne doit donc des températures régulièrement basses et un écart moyen entre les saisons faible.
L’insolation est à peine de 1650 heures en moyenne contre 2069 dans le Bordelais et 1910 en Bourgogne.
La croissance et le développement de la vigne s’en trouvent limités et la maturation des raisins adaptée à la fraîcheur et à la finesse recherchées dans les vins de Champagne.
De l’influence continentale, la vigne craint des gelées destructrices :
- Les gelées de printemps, qui interviennent au moment du débourrement et peuvent détruire les bourgeons
- Les gelées d’hiver (en moyenne 3,8 jours inférieurs à -10°C), qui peuvent détruire non seulement les bourgeons mais aussi les ceps.
Mais cette double influence lui offre la garantie d’une pluviosité régulière (caractère océanique) et modérée (caractère continental), favorisant une alimentation en eau presque idéale et essentielle à la qualité des raisins champenois.
Un sous-sol calcaire
L ’autre caractéristique majeure du terroir champenois réside dans son sous-sol.
Sa composition en majorité calcaire procure à la vigne une irrigation naturelle constante.
Au cours de l’ère secondaire, il y a environ 90 millions d’années, quand la mer recouvrait tout, des sédiments se sont déposés au fond des océans sur une épaisseur allant parfois jusqu’à 200 mètres.
Lors de l’affaissement du Bassin parisien en son centre, 70 millions d’années plus tard, différents types de roches sont ainsi apparus.
En Champagne, les sédiments affleurants sont calcaires à 75% (craies, marnes et calcaires proprement dit).
C’est un matériau qui se fragmente et favorise le drainage des sols, ce qui est bon pour la vigne et la maturation des raisins.
Les vignes champenoises ont néanmoins une prédilection pour la craie. Constituée de granules de calcite issus de squelettes de micro-organismes marins dont les plus fréquents sont les coccolites, sa forte porosité en fait un véritable réservoir d’eau (300 à 400 litres au m3 ) qui assure à la plante une alimentation en eau suffisante même lors des étés les plus secs.
Comparativement, les calcaires ont une porosité moindre et les marnes sont des argiles calcaires à fortes réserves en éléments nutritifs.
La nature du sous-sol a guidé la sélection des cépages du terroir champenois.
Trois s’y sont remarquablement adaptés : le pinot noir, le chardonnay et le pinot meunier.
Ainsi la Côte des Blancs, la Côte de Sézanne et Vitry-le François reposent sur la craie affleurante et ont une exposition Est. Ils sont plantés en majorité de chardonnay qui requiert un régime hydrique régulier.
Exposée au sud, la craie beaucoup plus enfouie en profondeur, la Montagne de Reims est cultivée en pinot noir.
La Vallée de la Marne, et les petites vallées et massifs autour de Reims (le Massif de St-Thierry, la Vallée de l’Ardre, la Montagne Ouest) sont à tendance marneuse, argileuse ou sableuse, d’exposition variable (Sud, Est, Nord ) et plantées majoritairement en pinot meunier.
La Côte des Bar enfin, essentiellement constituée de marnes, est cultivée en pinot noir.
Un relief en côteaux
Le troisième aspect caractéristique du terroir champenois est son relief.
Il est suffisamment escarpé et vallonné pour permettre une bonne insolation de la vigne et sa déclivité facilite l’écoulement des excès d’eau.
C’est un vignoble de coteaux dont l’image typique est celle de sommets boisés dominant des courbes de terrain plantées de vignes, avec des villages blottis au milieu.
La moyenne des pentes est de 12 % mais certaines peuvent atteindre 59 %. Ce sont depuis toujours des zones propices à l’implantation des vignes puisqu’une pente bénéficie à rayonnement de soleil égal, de radiations supérieures à celles d’une plaine.
Ces coteaux sont, de plus, exposés en grande majorité Sud, Sud-Est et Est et donc bénéficient de manière optimale de l’énergie solaire. Au XVIIe siècle, on appelait le Champagne le “ vin des coteaux ”.
Ces coteaux ont été formés suite au soulèvement de la partie Nord et Est du Bassin parisien lorsque celui-ci s’est affaissé en son centre sous le poids des sédiments.
L’érosion a ensuite modelé le relief, notamment pendant les périodes glaciaires où les alternances de gel et de dégel ont fragmenté les roches calcaires, gommant les reliefs les plus escarpés pour les transformer en douces ondulations.
Les côtes principales issues du soulèvement du Bassin parisien sont :
- La Côte de l’Ile-deFrance avec les vignobles de la Côte des Blancs, de la Montagne de Reims et du Sézannais
- La Côte de la Champagne avec les vignobles de Vitry-leFrançois et de Montgueux
- La Côte des Bar avec ses vignobles du Barséquanais et Bar-sur-Aubois.
Par ailleurs, la Marne et ses affluents ont creusé des entailles dans la Côte de l’Ile-de-France, créant là aussi un relief favorable à l’installation de la vigne : ce sont les vallées de la Marne, de l’Ardre, de la Vesle, du Surmelin. De même dans la région auboise traversée par la Seine, l’Aube, l’Ource, le Landion, l’Arce, la Laignes…
Diversité et Typicite
Des lois naturelles dominantes régissent le terroir champenois mais la diversité de la nature elle-même crée d’infinies variations.
Les vignerons et les élaborateurs les prennent en compte depuis toujours puisqu’elles influent sur la typicité des raisins, donc des vins.
Le programme de recherche baptisé « zonage » vise à les recenser et à en tirer des enseignements concrets. Les trois composantes majeures : climat, sous-sol, relief, créent une combinaison spécifique mais à géométrie variable.
Il y a presque autant de combinaisons que d’ares en Champagne, une mosaïque de micro-terroirs.
On a l’habitude de distinguer cette diversité au niveau des crus, mais pour les vignerons elle se situe plutôt à l’échelle des parcelles.
Chacune d’entre elles est identifiée et nommée depuis longtemps. Elle est travaillée par le vigneron pour en exprimer toute la spécificité. L’élaborateur peut ainsi, soit obtenir des vins à forte typicité, soit créer des assemblages riches en complémentarité.
Les noms des parcelles racontent l’histoire des lieux et du terroir : « les Soupe-Tard, les Côtes à Bras, les Gouttes d’Or, les Chauffours, les Froids monts »
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